Friday, 09 October 2009
Katia Novet Saint-Lot, Citoyenne du Monde
J'ai toujours eu tendance à suivre mes élans là où ils me portaient, généralement pas la porte à côté, et à m'adapter ensuite.
Katia Novet Saint-Lot, septembre 2009
Katia Novet Saint-Lot est l’image même du multiculturalisme. Fille d’Espagnole et de Français, épouse de Haïtien, mère de deux petites filles, Katia a vécu sur tous les continents et depuis cinq ans, a posé ses valises en Inde. « Mon côté curieux fait que je ne pouvais pas avoir une autre vie que la mienne, placée sous le signe des voyages et autres déracinements » explique-t-elle.
La vie de Katia ressemble à un roman avec sa série de « concours de circonstances », comme si le destin savait exactement ce qu’il voulait faire de cette nomade moderne. « J'ai toujours eu tendance à suivre mes élans là où ils me portaient, généralement pas la porte à côté, et à m'adapter ensuite. »
A l’âge de vingt-quatre ans, elle part à l’aventure à Londres « sans avoir, de ma vie, pris un cours d'anglais ». Cela ne l’a pas empêchée de devenir traductrice. « La traduction comme métier est une chose qui s'est imposée à moi lorsque je suis revenue en France, après deux années passées à barouder » raconte-t-elle. « J'avais appris l'anglais, je voulais toujours écrire et j'ai rencontré une personne qui m'a dit : "et si tu traduisais des romans ?" J'ai donc envoyé mon CV à plusieurs maisons d'édition. L'une d'elles m'a demandé de passer un test et deux mois plus tard, je signais mon premier contrat. Mais je ne me suis pas assise un jour, pour tracer un parcours ou dresser un plan de carrière. »
Parlant plusieurs langues depuis toujours, Katia écrit en anglais. « Je rêvais d'écrire pour les enfants mais je n'avais pas suffisamment confiance en moi pour me lancer. Je suis tombée sur une formation à distance, aux Etats-Unis, que j'ai faite durant le temps que je vivais au Nigeria, en me disant qu'il me suffirait d'appliquer ce que j'apprendrais et d'écrire ensuite en français. Que nenni. Tout ce que j'ai écrit durant ce cours était en anglais, forcément, et depuis, je n'ai plus jamais réussi à écrire en français. J'ai essayé, pourtant. »
Sa vie de globetrotteuse est une inépuisable source d’inspiration. Le premier album jeunesse de Katia Novet Saint-Lot, Amadi’s Snowman publié en 2008 par Tillbury House et illustré par Dimitrea Tokunbo, met en scène un jeune Nigérian.
Le temps passé à Enugu, capitale du Biafra, n’a pas été facile. « Je débarquais de New York avec notre première fille qui avait sept mois, dans une ville de brousse où il n'y avait pas de nourriture pour bébés. Il y avait de gros problèmes de ravitaillement, de sécurité… Le bureau de l'UNICEF avait été attaqué par des types armés de Kalachnikovs et j’étais là. Le téléphone et Internet ne fonctionnaient que très sporadiquement, il n’y avait rien à faire et je ne parle même pas des soins médicaux. On ne sortait pas dans les rues passée une certaine heure et les médecins ne se déplaçaient pas non plus. » Enthousiaste et « avide d’expériences » de tout genre, Katia a cependant refusé une possible mutation de son mari en Suisse : « je préfère encore le Nigéria » avait-elle décidé sans jamais le regretter. « N'empêche, j'étais contente d'en partir » ajoute-t-elle.
Amadi’s Snowman est né de cette époque, d’une situation en particulier. « Mon mari est rentré un soir, frustré par les difficultés qu'ils rencontraient pour ramener les jeunes garçons à l'école » raconte Katia. « Ils préfèrent se faire un peu d'argent rapide dans la rue avec des petits business, du troc, etc. J'ai aussitôt imaginé ce garçon qui tombait sur un livre, par hasard, dans un marché, et qui ne pouvait pas en comprendre les images, celles d'un monde inconnu de neige, de bonhommes de neige, puisqu'il ne pouvait pas lire. »
Quelques têtes bien-pensantes disent qu’un personnage doit se ressembler à son auteur. Pour Katia, cela n’a pas d’importance. Ce n’est pas parce qu’elle est une Occidentale qu’elle ne peut pas parler d’un petit garçon noir nigérian. D’ailleurs, elle cite deux grands noms de la littérature : Marguerite Yourcenar qui a écrit du point de vue d’un homme dans ses Mémoires d’Hadrien et Flaubert qui a fait l’inverse avec Madame Bovary. « C’est une question de feeling. Amadi m'est venu tout naturellement et je ne me suis jamais posé la question de savoir si je pouvais le comprendre, moi, une femme, blanche de surcroît. Je dirais que c'est l'histoire qui commande. L'écrivain n'est jamais qu'au service des histoires qui lui viennent et qui lui sont contées par un personnage. »
Toutefois, cela n’est pas aussi simple. Le travail d’un écrivain ne cesse pas à la fin de l’histoire. « Après, il y a aussi les recherches. J'ai écouté [Amadi] me parler, mais j'ai aussi pris le soin de faire relire mon texte par des Nigérians qui pouvaient juger de l'authenticité du ton. L'un des plus beaux compliments que j'ai reçus est celui de la dame Igbo qui a servi de modèle pour l'un des personnages et qui m’a dit que j'avais réussi à rendre la musique, la cadence de la langue, la manière dont les gens parlent, là-bas. C'était très important, pour moi. »
C’est presque logique que sa première publication soit alors aux Etats-Unis, où elle a vécu sept ans. « Le cours que j'ai pris donnait aussi des conseils pour vendre ses histoires, et je me suis donc familiarisée avec le marché américain. Je me suis aussi inscrite à la Society of Children's Books Writers and Illustrators qui regroupe une communauté vraiment formidable. Cela dit, j'ai aussi essayé de me traduire et de placer mon Amadi en France. Il a été lu, apprécié même, mais la réponse que j'ai reçue était qu'ils ne sauraient dans quelle catégorie le publier. J'ai aussi approché des éditeurs anglais et obtenu la même réponse. Le marché des albums illustrés est très différent d'un endroit à l'autre. »
Katia a été publiée par une petite maison américaine, mais cela ne change pas grand-chose à sa vie à part peut-être « sur le plan personnel. Le fait que mon histoire soit devenue un livre avec mon nom sur la couverture signifie la réalisation d'un vieux rêve. Cela m'a confortée dans mon désir de continuer. Les réactions positives aussi sont agréables. C'est du baume pour l'ego. » Le plus dur reste à venir : « je dois maintenant gérer l'angoisse de savoir si j'arriverai ou non à en faire publier un autre. Je pense que tous les écrivains portent en eux cette inquiétude : est-ce que je ne suis pas un imposteur, est-ce que ce premier coup n'était pas juste un coup de chance. L'avenir dira... »
Comme le constate Katia, « le marché est très difficile en ce moment », le démarchage d’éditeurs pour de nouvelles histoires — la plupart ayant un décor ‘exotique’ comme Amadi’s Snowman — est « de plus en plus long ». Sans pour autant se laisser abattre, elle continue de travailler sur des projets qui touchent au déracinement, « le genre d'expériences que vivent mes enfants, qui sont des Third Culture Kids (enfants qui grandissent dans une culture autre que celle de leur passeport et/ou de leurs parents) ou celui des racines multiples. Je pense qu'il existe une vraie demande pour ce genre de livres (les TCKs font partie d'une des populations qui grandissent le plus vite au monde), quelques éditeurs commencent à s'y intéresser. » Avec Katia, on aura toujours droit aux « cultures se côtoient, se croisent, se mêlent » à l’image du monde sans frontières d’aujourd’hui. « La nécessité d'ouvrir les yeux, d'élargir ses horizons par la lecture et les voyages » est importante, ainsi que « tout ce qui est multiculturel, inter et/ou cross-culturel ».
Katia Novet Saint-Lot est un auteur jeunesse et ne pense pas changer « pour le moment. Je ne ressens pas l'envie ou le besoin d'écrire pour les adultes. Je suis à un moment de ma vie où tout ce qui concerne mes enfants a plus d'intérêt pour moi que les histoires d'adultes. » Mais on ne dit jamais, jamais. « L'avenir me verra peut-être changer d'avis. Qui sait ? »
Un des plaisirs d’écrire pour la jeunesse est celui de rencontrer des enfants — et leurs parents — lors de visites d’écoles ou de séances de lecture. Au moment d’affronter son public à New York ou à Hyderabad, Katia se lance les yeux fermés sans filet. « J’ai le mains et les pieds qui tremblent, je sens mon cou très rouge. Mais les gens sont assis là, et ils attendent, alors je n'ai pas le choix. » Puis, tout va bien : « une fois que c'est parti, ça roule. J'y crois à mon histoire après tout, je l'aime. Je pense que quand on est passionné, on arrive assez facilement à communiquer sa passion. Les gens qui se déplacent pour venir te voir sont a priori bien disposés. Ils ont envie d'entendre une histoire. Je la leur sers. Le fait qu'elle se passe au Nigeria, aussi, dans un endroit que les gens connaissent peu ou pas du tout, que ce soit aux Etats-Unis ou en Inde, signifie aussi que les questions fusent, après la lecture. Il existe une vraie curiosité que je suis trop heureuse de satisfaire. »
En espérant que les nouvelles histoires de Katia Novet Saint-Lot trouvent preneur, pour qu’elles puissent ouvrir les yeux et faire voyager petits et grands.
© Katia Novet Saint-Lot /Jo Ann von Haff, septembre 2009
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Comments
Whow, I'm a third culture kid, too, du coup...
J'ai adoré ce portrait, Jo Ann, tu t'en sors à ravir. Et j'ai adoré faire la connaissance de Katia Novet Saint-Lot grâce à toi, à travers ton blog.
Bisounettes
Posted by: Laura | Saturday, 10 October 2009
Laura »
Merci ! :-)
En parlant avec Katia, je me suis rendue compte que j'étais aussi une TCK, ce qui ne m'avait jamais frôlé l'esprit !
N'hésite pas à aller faire un tour sur son blog. Elle parle énormément d'écriture :-)
JA.
Posted by: Jo Ann v. | Saturday, 10 October 2009
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